J’exprime en cet audio qu’est-ce que c’est l’agroécologie.
L’agroécologie, ce n’est pas simplement de l’agriculture biologique, c’est une approche qui cherche notamment à utiliser les processus écologiques et la biodiversité pour concevoir des systèmes agricoles plus durables. Elle peut notamment s’appuyer sur des pratiques qui limitent l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques et qui cherchent à réintroduire davantage de biodiversité dans les systèmes agricoles.
Les pesticides et les engrais sont notamment liés à l’utilisation d’énergies fossiles, et le prix de ces énergies peut augmenter.
Mais il ne s’agit pas de revenir à l’agriculture de nos grands-pères. Il s’agit plutôt de créer un échange entre les savoirs et les savoir-faire agricoles et la recherche scientifique, afin de trouver de nouvelles solutions, notamment à partir de processus naturels.
Par exemple, au Kenya, on pratique le système push-pull contre certains insectes ravageurs qui détruisent le maïs. Le principe consiste à associer des plantes qui repoussent certains ravageurs à l’intérieur de la parcelle et des plantes qui les attirent vers les bordures du champ. Il y a une plante qui va repousser, à cause de sa mauvaise odeur, le petit papillon qui fait les dégâts dans le mais, et il y a une autre plante aux abords du champ qui va attirer le papillon. C’est ce que l’on appelle une stratégie de contrôle biologique des insectes ravageurs.
Les recherches menées par l’International Centre of Insect Physiology and Ecology (icipe) et ses partenaires montraient déjà en 2014 des résultats importants : une évaluation indépendante indiquait que 75 % des agriculteurs étudiés avaient constaté une augmentation de trois à quatre fois de leur rendement en maïs, certains passant de moins d’une tonne à plus de cinq tonnes par hectare.
En 2014, le système push-pull avait déjà été adopté par environ 92 000 petits exploitants agricoles, dont 60 % de femmes, dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est et d’autres régions d’Afrique.
Ce qui m’intéresse particulièrement dans cet exemple, c’est qu’il ne s’agit pas simplement de remplacer un produit chimique par un produit naturel. Il s’agit de repenser le système lui-même, en associant l’observation, les connaissances des agriculteurs, la biodiversité et la recherche scientifique.
Cet exemple du push-pull illustre une idée suivante: l’innovation ne consiste pas nécessairement à inventer quelque chose de totalement nouveau, mais parfois à regarder autrement un problème existant et à créer de nouvelles connexions entre des connaissances déjà disponibles.
L’agroécologie montre ainsi qu’une innovation peut naître de la rencontre entre nature, science, expérience et besoins réels.
Ce qui me paraît particulièrement intéressant dans cet exemple, c’est que l’innovation ne consiste pas à inventer un nouveau produit pour lutter contre les ravageurs, mais à modifier la relation entre la culture, les insectes et les plantes qui l’entourent. Le système push-pull transforme ainsi la biodiversité elle-même en outil de production : une plante repousse l’insecte du maïs tandis qu’une autre l’attire vers l’extérieur de la parcelle. Le problème agricole est donc abordé en modifiant l’écosystème du champ, plutôt qu’en dépendant uniquement d’un produit extérieur.
C’est précisément ce qui donne à cet exemple sa place dans Ideas Emprendedoras : une innovation peut consister à organiser différemment des éléments qui existent déjà — le maïs, les plantes, les insectes, les connaissances des agriculteurs et la recherche scientifique — afin qu’ils produisent ensemble un résultat nouveau. Ici, l’innovation ne vient pas nécessairement de l’ajout d’un nouvel élément, mais de la création d’une nouvelle interaction entre les éléments existants.
Pour avoir plus d’information, on peut lire le livre:
LES MOISSONS DU FUTUR
MARIE-MONIQUE ROBIN (Auteur)
http://www.amazon.fr/LES-MOISSONS-FUTUR-MARIE-MONIQUE-ROBIN/dp/2707171549

